Analyse de la pièce Rhinocéros

Eugène Ionesco est un écrivain d’après-guerre. En effet, il publie ses écrits après la seconde guerre mondiale. Cette dernière a profondément ébranlé les croyances populaires. Le monde doit se reconstruire et on a surtout découvert les horreurs dont l’homme était capable. Eugène Ionesco, à travers son oeuvre « Rhinocéros » tente donc de sensibiliser le lecteur à l’horreur humaine et nous amène à réfléchir sur le sens de la vie. Pour cela, il utilise une écriture dite de la tromperie. Derrière des effets évidents, le spectateur doit y trouver un sens caché pas toujours évident. A titre d’exemple, lorsque des personnages parlent d’événements futiles, un événement beaucoup plus important et grave est annoncé (la scène où Jean et Bérenger parlent au café illustre parfaitement ce propos), lorsque la situation devient absurde, elle prend en réalité un sérieux indéniable.

 

Qui plus est, Eugène Ionesco se sert de l’humour pour dissimuler la vérité. De cette façon, Bérenger parait assez limité au début de la pièce. On rit quelque peu de sa condition et de son amour timide avec Daisy. Il n’a pas l’air d’avoir la carrure d’un véritable héros. Sa parole est, de plus, bafouée par les autres personnages. Pourtant, c’est lui qui révèle la plus grande force de caractère dans la mesure où il est seul à refuser de se transformer en rhinocéros. C’est lui également qui tente d’ouvrir les yeux aux autres. Ainsi, les premières apparences s’inversent : le plus faible est, en réalité, le plus fort.

 

Eugène Ionesco base son oeuvre « Rhinocéros » sur le thème de la métamorphose. Pourtant, hormis cet élément, il serait très difficile de classer la pièce parmi le genre fantastique. Plus encore, l’auteur parsème l’oeuvre d’indices bel et bien réalistes. Encore une fois, il ne faut pas oublier que la date de parution de « Rhinocéros » est postérieure à la seconde guerre mondiale. De ce fait, Eugène Ionesco parsème son oeuvre littéraire de références au régime nazi. Tout d’abord, le vert est omniprésent. C’est la couleur que prend les personnages lorsqu’ils se métamorphosent. Cette couleur peut être directement assimilé à l’uniforme militaire de l’armée nazie. Qui plus est, de nombreuses répliques tendent à suggérer une véritable guerre civile. Ainsi, la famine, la cruauté des personnages ou bien même la collaboration font écho à des souvenirs de guerre, vécus par de nombreux peuples.

 

Si ces références sont présentes, ce n’est pas un hasard. En effet, le but d’Eugène Ionesco est de dénoncer l’absurdité de la seconde guerre mondiale (et de la guerre en général) à travers l’absurdité du comportement de ses propres personnages. De cette façon, très vite, les personnages de l’oeuvre devienne une masse floue de rhinocéros. Seul Bérenger se distingue de cette masse en conservant son aspect humain.

 

L’auteur de la pièce va bien plus loin que la dénonciation de la guerre. En fait, c’est le régime totalitariste qui est ici condamné. Cela est visible car la pensée des personnages (la rhinocérite) est complètement mise à mal. Ses conséquences sont désastreuses et le spectateur n’en retient que des aspects négatifs. Pour Eugène Ionesco, il est dangereux de vivre avec un seul et unique mouvement de pensée.

 

La grande force de la pièce de théâtre « Rhinocéros » est d’être toujours d’actualité. Ainsi, les thèmes qui y sont abordés sont atemporels. En effet, les mouvements de masse sont fréquents, à petite comme à grande échelle. Eugène Ionesco nous met en garde contre les mouvements de foule qui abolissent notre pensée. Il nous met également en garde contre l’anonymat (les personnages en se transformant perdent leur identité, ils n’ont plus de nom mais sont seulement désignés par leur nature : celle d’un rhinocéros). L’oeuvre « Rhinocéros » encourage donc à la diversité de l’être, à la variété des formes de pensées. L’union de plusieurs personnages fait davantage de dégâts que chaque personnage pris à part. La transformation devient un effet de mode irrésistible. La transformation de Daisy, par exemple, n’a aucun sens. Elle ne sait pas pourquoi mais elle est persuadée qu’il faut suivre le mouvement car c’est ce que tout le monde fait. Bérenger, en s’y opposant, montre les dangers que provoquent les mouvements de masse irréfléchies. De ce fait, une fois de plus, cette masse peut faire penser aux armées endoctrinées de la guerre.

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